L’IMPERFECTION EST LA CIME

Yves Bonnefoy disparu le 1ᵉʳ juillet 2016
                     —— 

Il y avait qu’il fallait détruire et détruire et détruire,

Il y avait que le salut n’est qu’à ce prix.

Ruiner la face nue qui monte dans le marbre,

Marteler toute forme de beauté.

Aimer la perfection parce qu’elle est le seuil,

Mais la nier sitôt connue, l’oublier morte,

L’imperfection est la cime.
                     —— 

Une anthologie “La poésie est l’origine du sacré”(Octavio Paz) est sortie en septembre 2016.

SOMMAIRE

Aperçu du  sommaire-anthologie-poetique

Ce livre est d’abord un hommage à mon père, mon mentor en poésie et à mes maîtres de l’école républicaine.

Livre illustré avec des tableaux ou des photos en noir et blanc :

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Livre illustré avec des tableaux ou des photos en couleur :

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Quelques poèmes que l’on peut trouver dans ce livre :


An anthology “Poetry is the origin of the sacred” (Octavio Paz) just released in September 2016.
SUMMARY Overview of the summary-anthology-poetic
This book is first of all a tribute to my father, my mentor in poetry and my masters of the republican school. Illustrated book with black and white pictures or photos:
Book for sale on Lulu.com Illustrated book with tables or color photos:
Book for sale on Lulu.com Some poems that can be found in this book:

 

Yehuda Amichaï Do not accept
Yehuda Amichaï : God full of Mercy
 Yehuda Amichaï : statistique
Yehuda Amichaï : cerceuil ramallah

 

  

René Char : Char Lascaux
René Char : commune_présence
René Char : une place pour la beauté
René Char : Les inventeurs  

Andrée Chédid : les armes
Andrée Chédid : ainsi_va_le_monde
Andrée Chédid : les_chagrins_millenaires
Andrée Chédid : 
impatience

H.N. Bialik : pas destiné a chanter la guerre
H.N. Bialik : Puisque tu me quittes
H.N. Bialik : Ton souffle seigneur
H.N. Bialik : levadi je suis seul

 Charles Baudelaire : Charles Baudelaire_Eloge du maquillage

Wislawa Szymborska vient de décéder début  février 2012 :
Wislawa Szymborska

RENÉ CHAR


René Char
(L’Isle-sur-la-Sorgue, 1907 – Paris, 1988)

 

René Char en ses poèmes

Paul Veyne

 Un an plus tôt René m’avait dit : « L’extravagant est né de la conscience souffrante d’avoir fait exécuter deux traîtres pendant la Résistance » (….) Il m’avait parlé une autre fois de certains remords qui, depuis la guerre, le tourmentaient le soir ; comme il est injuste, lui dis-je, que ceux qui ont passé la guerre dans leurs pantoufles vivent en paix avec eux-mêmes, le moindre adjudant qui a fait tuer tous ses hommes meurt dans la bonne conscience du devoir accompli ; et ceux qui, eux, ont fait quelque chose et ont donc pris le risque de se tromper quelquefois sont condamnés au remords. René haussa les épaules avec fatalisme devant ce constat trop évident. Il ajouta curieusement que ses remords venaient du caractère inexplicable de ces trahisons.

Or, en une autre saison, René m’avait raconté l’histoire d’un maquis vauclusien vendu à la Gestapo par un dénonciateur ; cinquante jeunes hommes furent fusillés et le mouchard, qui était présent, recevait autant de fois la prime promise pour chaque dénonciation. « Comment concevoir une pareille horreur ? » demandai-je ?

-Mais, Paul Veyne, c’est très simple :comprenez donc que, dès qu’une guerre commence, une vie ne vaut plus rien ; on la boit comme un verre d’eau. S’il n’y avait pas eu la guerre, ce traître n’aurait probablement rien fait de plus en toute sa vie qu’un peu d’escroquerie ou de chapardage . »

— 

René Char in his poems
Paul Veyne
A year earlier, Rene had told me: “The extravagant was born of the suffering conscience of having two traitors executed during the Resistance” (…). He had once again told me of certain remorse which, since war, tormented him in the evening; as it is unjust, “said I,” that those who have spent the war in their slippers live in peace with themselves, the least adjutant who has had all his men killed, dies in the good conscience of the duty accomplished; and those who have done something and have therefore taken the risk of making mistakes sometimes are condemned to remorse. Rene shrugged fatistically at the obvious conclusion. He added curiously that his remorse came from the inexplicable character of these betrayals. Now, in another season, Rene had told me the story of a vaucluse maquis sold to the Gestapo by a whistleblower; fifty young men were shot, and the snitch, who was present, received the promised reward for each denunciation as many times. “How to conceive such a horror? I asked? “But, Paul Veyne, it’s very simple. Understand that as soon as a war begins, a life is worthless; we drink it like a glass of water. If there had not been war, this traitor would probably have done nothing more in his life than a little scam or pilfering.”

CHANSON DES VILLES

 Mes villes en sang
Mes villes fusillées
Mes villes bâillonnées
Ça fait si mal
Ça fait si mal
C’est Guernica c’est Varsovie
Hiroshima ou c’est Paris
Cette Alesia du sang partout
C’est Stalingrad c’est Diên Biên Phu
C’est Diên Biên Phu
Mes villes ouvertes
Mes villes inertes
Mes villes bombardées
Mes villes cloisonnées
Ça fait si mal
Ça fait si mal

Milliers d’otages dans le silence
C’est toi Carthage c’est Numance
C’est Entremont ce requiem
Un autre nom Jérusalem
Jérusalem

Mes villes en armes
Mes villes en larmes
Mes villes mitraillées
Mes villes mutilée
Ça fait si mal
Ça fait si mals

Et les villages oh mes amours
Tant de carnages comme Oradour
Quels sont ces cris ces trahisons
Oh mes amis oh ma maison
Oh ma maison
Ma ville orgueil
Ma ville en deuil
Un homme l’a sauvée
Ma ville délivrée
Noubliez pas
Noubliez pas

LA PAROLE EN EXIL

Les Dieux sont de retour, compagnons.
Ils viennent à l’instant de pénétrer cette voie.
Mais la parole qui révoque
Sous la parole qui déploie
Est réapparue elle aussi,
Pour ensemble nous faire souffrir.

ALLÉGEANCE

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L’espace qu’il parcourt est ma fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas?

———————

RENCONTRES AVEC RENÉ CHAR

Août 1960 discussion avec Jean Pénard

 « Le ton se hausse à propos de la guerre d’Algérie. René Char est d’une extrême sévérité pour les journalistes et écrivains qui ne pèsent pas le poids de leurs propos. Il cite nommément Francis Jeanson et surtout Sartre, dont le silence et l’inactivité entre 1940 et 1944 ne pourront échapper à sa petite histoire.

Il n’est pas tendre, non plus, pour Le Monde. Il oppose leur frivolité au sérieux de la Résistance (du moins celle qu’il a connue), où la moindre imprudence entrainait la mort et des morts. Il évoque ce maquisard de Provence, issu d’une humble famille, et qu’on avait chargé d’abattre un dangereux milicien. Il le retrouve dans une petite ville. Il attend qu’il soit seul, pour être sûr qu’il soit seul exécuté. Le milicien entre dans le cinéma. Il en ressort en tenant sa femme devant lui. Le maquisard ne tire pas, mais le milicien, protégé dans ces conditions hideuses, n’hésite pas et l’abat à bout portant.

« Voilà, dit René Char, un bel exemple de responsabilité. Trop de nos intellectuels s’abritent sans risque derrière la liberté de conscience et d’expression. Il serait plus honorable pour eux – comme d’autres l’ont fait – de rejoindre le FNL, et de s’exposer physiquement. Pendant ce temps, nos jeunes soldats en Algérie, qui sont de pauvres innocents, meurent par procuration de la main de ceux qui connaissent l’existence de tels boucliers. Je refuse, quant à moi, de signer tout manifeste, qu’il soit d’un bord ou de l’autre. Dans les cas concrets, cependant, j’interviens selon ma conscience. La fille de Georges Bataille a été arrêtée comme facteur de fonds pour le FNL. J’ai fais ce que j’avais à faire et elle a été élargie. Mais en aucun cas je n’écrirai, ne parlerai et n’agirai dans l’abstrait. La grande tentation des intellectuels, depuis Rousseau, c’est l’extrémisme. C’est ce qu’ils appellent « aller jusqu’au bout des idées ». Je suis viscéralement contre cela, qui mène droit au crime. Il ne faut prononcer, ni à plus forte raison proférer aucun mot qui puisse entrainer des morts sans justification. Je répète que la légèreté de certains, dans ce domaine, est et sera inadmissible. Je n’aime pas les porteurs de valises, réelles et surtout cérébrales. »

 LES INVENTEURS

 
Ils sont venus, les forestiers de l’autre versant, les inconnus de nous,
les rebelles à nos usages.
Ils sont venus nombreux.
Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdres
Et du champ de la vieille moisson désormais irrigué et vert.
La longue marche les avait échauffés.
Leur casquette cassait sur les yeux et leur pied fourbu se posait dans le vague.
Ils nous ont aperçus et se sont arrêtés.
Visiblement ils ne présumaient pas nous trouver là,
Sur des terres faciles et des sillons bien clos,
Tout à fait insouciants d’une audience.
Nous avons levé le front et les avons encouragés.
Le plus disert s’est approché, puis un second tout aussi déraciné et lent.
Nous sommes venus, dirent-ils, vous prévenir de l’arrivée prochaine de l’ouragan,
de votre implacable adversaire.
Pas plus que vous, nous ne le connaissons
Autrement que par des relations et des confidences d’ancêtres.
Mais pourquoi sommes-nous heureux incompréhensiblement devant vous et soudain pareils à des enfants?
Nous avons dit merci et les avons congédiés.
Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient, et leurs yeux riaient sur les bords.
Hommes d’arbres et de cognée, capables de tenir tête à quelque terreur
Mais inaptes à conduire l’eau, à aligner des bâtisses, à les enduire de couleurs plaisantes,
Ils ignoraient le jardin d’hiver et l’économie de la joie.
Certes, nous aurions pu les convaincre et les conquérir,
Car l’angoisse de l’ouragan est émouvante.
Oui, l’ouragan allait bientôt venir;
Mais cela valait-il la peine que l’on en parlât et qu’on dérangeât l’avenir?
Là où nous sommes, il n’y a pas de crainte urgente.

LE TERME ÉPARS

Si tu cries, le monde se tait: il s’éloigne avec ton propre monde.
Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.
Qui convertit l’aiguillon en fleur arrondit l’éclair.
La foudre n’a qu’une maison, elle a plusieurs sentiers. Maison qui s’exhausse, sentiers sans miettes.
Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer. Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents, ou taire ce que nous sommes.
Le soir se libère du marteau, l’homme reste enchaîné à son coeur.
L’oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.
Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie.
Un brin d’allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre. L’arbre de plein vent est solitaire. L’étreinte du vent l’est plus encore.
Comme l’incurieuse vérité serait exsangue s’il n’y avait pas ce brisant de rougeur au loin où ne sont point gravés le doute et le dit du présent. Nous avançons, abandonnant toute parole en nous le promettant.

LASCAUX

 L’homme marche sur la lune en 1969

“L’homme de l’espace dont c’est le jour natal sera un milliard de fois moins lumineux et révèlera un milliard de fois moins de choses cachées que l’homme granité, reclus et recouché de Lascaux, au dur membre débourbé de la mort.”

 Tante de Chanra Mme Aun

Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté.
Toute la place est pour la beauté
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ANDRÉE CHÉDID

(le Caire, 1920 – Paris, 2011)


UNE FENÊTRE OÙ SE PENCHER

Je ne crois plus aux naufrages
Il y a un masque bleu au fond de tous les puits,
Les porteuses de pain se succèdent,
Les vies se souviennent d’autres vies.
Il restera toujours une fenêtre où se pencher
Des promesses à tenir,
Un arbre où prendre appui.
Quelque part existe le visage de notre terre
Qui nous dira son nom ?

L’ÉXISTENCE

 Tous ces riens…
Ces choses du jour à jour
Ces choses frottées d’heures
Coffrées dans l’habitude
Ces cheveux en respect
Que l’on compte fil à fil
Ces boutons obstinés
Ce col avec son chiffre
Que l’on connaît par cœur
Ces revers ces ceintures
Ces plis que nos corps commandent
Qui gravent des ornières
Dans le champ du tissu
Ces fermetures éclair
Qui encagent ou libèrent
Ces soutiens d’une gorge pleine
Ces canapés trop lisses
Ces coussins trop gras
Ces lits aux draps stricts
Aux édredons ventrus
Ce gant d’une main manquante
Ce soulier d’un pied disparu
Tous les sommeils
Qui nous font ressembler à l’inerte
Tous ces réveils
Où la chair avec l’œil
Ne sont plus qu’un décor
Toutes ces traces de nous
Ces traces par nous
Pour nous…
Tout ce vide des objets
Dont nous sommes plénitude

Tout ce volume des choses
Dont nous sommes l’absence
Tout ce rire en sourdine
Tout ce triste
Plaqué sur la surface des lieux
Tous ces riens
Tout ce tout
L’existence 

AINSI VA LE MONDE

 
   

Ainsi va le monde
Soulevé par l’amour
Rompu par les haines
Formé d’argile et d’étincelles
Inflexible Malléable
Happé par les chimères
Ligoté par le temps
Fait de pesanteur et d’ailes
Esclave ou maître
De son cri
Ainsi va le monde
Si profane Si magique
En sa gamme d’aube et d’ombres
Tantôt agneau
Tantôt ennemi.
 
     

JEUNESSE

Jeunesse qui t‘élances
Dans le fatras des mondes
Ne te défais pas à chaque ombre
Ne te courbe pas sous chaque fardeau
Que tes larmes irriguent
Plutôt qu’elles ne te rongent
Garde-toi des mots qui se dégradent
Garde-toi du feu qui pâlit
Ne laisse pas découdre tes songes
Ni réduire ton regard
Jeunesse entends-moi
Tu ne rêves pas en vain

 Qui reste debout ?

D’abord
Efface ton nom
Abolis ton âge
Supprime tes lieux
Déracine ce que tu sembles
Qui reste debout ?
Maintenant,
Ressaisis ton nom
Revêts ton âge
Adopte ta maison
Pénètre ta marche
Et puis…
A n’en plus finir,
Recommence.

EXPÉRIENCE

 D’âge en âge
De constat en constat
Que savons-nous du mobile
Qui scellera notre destin
Comme du mystère
Qui tressa
Nos vies ?

LES CHAGRINS MILLÉNAIRES

Sous le chaos des lunes
Et sous l’étoile de sang,
L’homme aux chagrins millénaires
Décline son passé
S’invente un futur
Avive l’éventail du présent
Et marche

PESANTEURS

Enfouissant dans le silo des jours
Son poids de terreur et de mort
Réprimant les cadences du souffle
L’Histoire
Règne
Et ressasse
Assiégeant corps et âmes
Elle émiette cette lueur
Que la vie
S’obstine
A nous tendre
Entre les failles de la nuit.

PAROLE MOTRICE

J’interpelle
Ce siècle
Qui tangue
Et se fragmente
Face aux miroirs
D’où ricochent
Échardes et terreurs
À la recherche

De cette parole motrice
Echappée de nos vides
Harnachés de désirs
J’avance
Sur des chemins sans terme
Improvisant des mots
Modulant le hasard.

JE NE PARLE QU’AU PRÉSENT


Avec ce qui est là
J’édifie mon langage
Et les mots me délivrent
Des souffles de l’après.
Je ne parle qu’au présent
Mais toutes les voies sont miennes,
Eventail souterrain
Dont je devine l’accès.
J’ai vécu chaque parole
Avant qu’elle ne soit dite.
J’ai traversé chaque mot
Avant d’être traversée.
Je me tiens dans l’instant
Des silences m’abritent,
Cités, que multiplie
L’eau confuse du passé.
Si je ne vais pas,
Mon champ se mourra-t-il ?
Et si je vais,
Où m’arrêterai-je ?

 LA RONDE DES ASSASSINÉS

Ô corps assassinés Ô coeurs à fendre
Ô mes aimés partis avant leur tour
D’où qu’ils viennent
Les seigneurs de vérité
Ont l’âme sans recours
Ô mes assassinés
Vos ombres à l’ombre
Des jours.

 

LE FRUIT D’ESPÉRANCE

Ici la prison des visages
Et les paroles nous livrent par lambeaux
Par-delà la danse des mondes qui s’apaisent
Ici le son appliqué des jours
Le langage des tumultes personnels
Trop étroit pour l’espace entre notre coeur
Et notre coeur
Mais la vie souffle unique est ce fruit d’espérance.
—————

A QUOI JOUE-T-ON ?

Que faisons-nous  d’autre
que jardiner nos ombres,
Tandis qu’au loin
crépite et s’évade l’univers ?
Que faisons-nous d’autre
que visiter le temps,
Tandis qu’au près
s’architecture notre mort ?
Que faisons-nous  d’autre
que rogner l’horizon,
Tandis qu’au loin
qu’au près _______ :

 le grand heurt.

HORS DE NOS PAGES

A la porte de ce qui sera,

Quittons nos travestis !
L’arbre de l’enfance
Est déjà moins qu’un arbre.
Hors de nos pages,
L’horizon s’élargit.
Nous ne pouvons bâtir,
Qu’adossés à la mort.
Nous ne pouvons bâtir,
Qu’accordés à demain.
——————

JE T’AIME HOSTILE OISEAU


Ce n’est pas de mourir que nous mourrons
mais de porter le jour mille échardes
D’être la proie d’un seul de nos visages
De tenir nos maisons pour le lieu
Ce n’est pas de mourir que nous mourrons
mais de l’écume qui perd mémoire
de ses temps d’océan
De l’herbe forcé dans son repaire
Des plaines que l’heure racornit
Gorgés de forêts insondables
de n’en dévoiler qu’un rameau
Et du hasard,
atoll qui se réduit
—————–

ÉPREUVES DE L’ÊTRE

La voie de toute naissance

Heurte l’ordre du monde
Son souffle dénude
Son verbe nous cherche
Planté dans la moelle
Levant parole parmi le champ des mots
Ce cri de l’être
Ebranle nos cibles
Détisse nos trames
Renverse le flux du sablier
Garde en chemin

——————–

LES ARMES

Le coeur cuirasse
Les corps périssent
L’esprit s’égare
L’espoir s’ensevelit
Tel l’oiseau charognard
L’homme assaille l’homme
La haine ourdit ses armes
Les supplices se multiplient
Il n’y a pas d’épilogue
Au meurtre ancestral
Pas de fin aux armes
Plus de sol sans ennemis.

——

ENDLESS POEM

In a modern museum
In an old synagogue
In the synagogue
I
Within me
My heart
Within my heart
A museum
Within a museum
A synagogue
Within it
I
Within me
My heart
Within my heart
A museum

——————–

I DON’T KNOW IF HISTORY
REPEATS ITSELF

I don’t Know if history repeats itself
But I do know that you don’t.

I remember that city was divided
Not only between Jews and Arabs,
But Between me and you,
When we were there together.

We made ourselves a womb of dangers
We built ourselves a house of deadening wars
Like men of far north
Who build themselves a safe warm house of deadening ice.

The city has been reunited
But we haven’t been there together.
By now I know
That History doesn’t repeat itself,
As I always knew that you wouldn’t.

MY CHILD WAFTS PEACE

My child wafts peace.
When I lean over him,
It is not just the smell of soap.

All the people were children wafting peace.
(And in the whole land, not even one
Millstone remained that still turned).

Oh, the land torn like clothes
That can’t be mended.
Hard, lonely fathers even in the cave of the Makhpela*
Childless silence.

My child wafts peace.
His mother’s womb promised him
What God cannot
Promise us.

* The traditional burial place in Hebron of Abraham
and the other Patriarchs and Matriarchs of Israel.

LECTURE DE QUELQUES POÈMES

Lecture de quelques poèmes  :

René Char

 Desnos : 

Éluard : 

Éluard :

Guillevic :

José-Maria de Heredia

Hugo :

Prévert :

Rimbaud :

Verlaine :

Vigée :

Chédid :

Baudelaire :

Delbo :

De Vigny :

Césaire :

Ruteboeuf :

Labbé :

Clara :

Bialik :

Carmi :

Ibn Ezra :

Goldberg :

Guilboa :

Lutzki :

Pagis :

Peretz :

Tchenikovski :

Ami’hai

Yevtouchenko :

Glaeser :

Lermontov :

Mandelstam :

Zymborska :

Blas de Otero :

Garcia Lorca :

Machado :

Neruda :

Whitman :

Henley :

Macdiarmid :

Tagore :

Filho :

Persans :

Hikmet :

Arméniens :

Sachs :

Mallarmé :